
Saint Pierre
Cuivre champlevé, émaillé, gravé, ciselé et doré – 29,5 x 14,5 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/H. Lewandowski
Acquisition – Paris, Musée du Louvre
Avidement collectionnés par de nombreux amateurs passionnés au XIXe siècle, les objets d’art médiévaux restent surtout des rescapés des soubresauts de l’histoire, des ravages du temps comme des destructions en tous genre, parfois dictées par l’évolution des goûts ou du culte, sans parler du vandalisme sourd des guerres de religion ni des résultats de l’iconoclasme révolutionnaire. Celui-ci n’épargna assurément pas l’autel de l’abbaye de Grandmont, dans les monts d’Ambazac, non loin de Limoges, dont le décor fut vendu à un fondeur de la ville en 1791 ! Quelques fragments réussirent à échapper au pire et c’est certainement l’un d’entre eux qui a récemment fait sa réapparition aux yeux enchantés – des amateurs d’art médiéval quand le Musée du Louvre annonça par un simple tweet l’entrée de ce splendide Saint Pierre (ill. 1) dans les collections du département des Objets d’art, où il fut prestement installé. Il faut avouer que cette fort élégante figure apostolique a un air de famille : elle a rejoint dans sa vitrine (ill. 2) un Saint Matthieu présent au musée depuis le règne de Charles X, offert par Edme Antoine Durand en 1825 !

Photo : Alexandre Lafore
Parfaitement reconnaissable à ses clefs, ce Saint Pierre est facile à identifier tout en étant resté inconnu jusqu’à sa récente redécouverte dans une collection particulière française. Certains historiens de l’art ont parfois beaucoup de chance : c’est donc la troisième fois qu’Élisabeth Antoine-König, conservatrice générale du patrimoine au département des Objets d’art du Louvre, peut orchestrer l’entrée au musée d’un tel chef-d’œuvre inconnu. Les amateurs se souviennent assurément de cette tapisserie issue du dais de Charles VII, restée inédite jusqu’à son acquisition par la Société des Amis du Louvre (voir la brève du 17/9/10) et qui est désormais montrée en très bonne place dans la nouvelle exposition du Musée de Cluny (article à venir) ou bien encore des deux statuettes en ivoire gothiques qui firent l’objet d’une souscription (voir la brève du 23/10/12) permettant de finaliser leur achat en février 2013 (voir la brève du 1/2/13) puis la reconstitution du groupe de La Descente de Croix (https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010113253) dans les salles.
Non loin de la vitrine abritant ces chefs-d’œuvre, au premier étage de l’aile Rivoli, ce nouveau Saint Pierre trône ainsi aux côtés du Saint Matthieu qui est assurément issu de la même – célèbre – série des apôtres de Grandmont, abondamment étudiée par plusieurs générations de spécialistes, de Louis Courajod à Jean-René Gaborit. Ainsi que le résume (https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1976_num_19_75_2043) Élisabeth Antoine-König dans la dernière livraison de Grande Galerie, le Journal du Louvre, où ce Saint Pierre est publié pour la première fois, ces figures d’applique forment une série homogène qui mériterait d’ailleurs d’être réunie lors d’une exposition, même si ce fut presque le cas entre 1995 et 1996 pour « L’Œuvre de Limoges. Émaux limousins du Moyen Âge » qui ouvrit d’abord à Paris puis gagna le Metropolitan Museum of Art [1] de New York et qui demeure encore une référence.

Photo : Grande Galerie/Cécile Castany
Les six apôtres déjà connus sont conservés dans de grands musées : Saint Matthieu est au Louvre, Saint Philippe au (https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010114138) Musée de l’Ermitage après être passé par la collection Soltykoff, Saint Jacques fut offert au Metropolitan (https://www.metmuseum.org/art/collection/search/464004) Museum par John Pierpont Morgan, Saint Martial trône au Musée du Bargello tandis que Saint Paul (https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/petit-palais/oeuvres/plaquede-parement-de-retable-saint-paul) et Saint Thomas (https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/petit-palais/oeuvres/plaque-de-parementsaint-thomas) entrèrent au Petit Palais avec la collection Dutuit. L’article écrit par Élisabeth Antoine-König ce mois-ci les juxtapose habilement (ill. 3) comme pour mieux souligner la cohérence de la série au sein de laquelle la présence de Saint Martial – singulière et savoureuse spécificité limousine – ne saurait étonner les amateurs et les spécialistes habitués à ce collège apostolique étendu. Ce sont de remarquables exemples de ce « style 1200 » que l’historiographie fait naître dans la partie septentrionale du pays mais dont l’esthétique classicisante et monumentale gagna naturellement le Limousin. Ces sept nobles figures d’apôtres dégagent en effet une impression comparable à celle de la sculpture architecturale gothique, malgré leurs dimensions plus réduites. Fixés sur une plaque émaillée ornée de rinceaux dorés s’épanouissant sur un fond bleu lapis, ces apôtres en haut-relief sont juchés sur des trônes agrémentés de longs coussins bariolés tandis qu’une inscription identifie bien chacun des protagonistes.
